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Les motifs, les bénéfices et les écueils de la conversion vers le biologique

Il y a un marché à la hausse pour les produits biologiques mais la certification peut être un processus exigeant

par John Cranfield, Collège d’agriculture de l’Ontario

Le marché nord-américain des aliments biologiques est l’un des secteurs en croissance les plus dynamiques de l’ensemble de l’industrie alimentaire.

Agriculture et Agroalimentaire Canada évalue à 2 milliards la valeur des ventes au détail des aliments biologiques au Canada, avec un taux annuel de croissance estimé à 20 %.  Alors que le nombre de producteurs biologiques certifiés a plus que doublé de 1992 à 2004, le taux annualisé de croissance de la production de base n’était que de 10 %. Les différences entre la croissance de l’offre et la croissance de la demande signifient que le marché canadien des aliments biologiques est souvent sous-approvisionné, et environ 80 % des aliments biologiques vendus au Canada sont importés des États-Unis.

Alors que la forte demande canadienne pour les aliments biologiques a créé une solution de rechange à la production conventionnelle viable pour certains producteurs, la production biologique n’est pas un objectif facile à atteindre.

Pour devenir des producteurs biologiques certifiés, les fermiers doivent entreprendre une période de conversion ou transition qui dure un minimum de trois ans et qui peut être plus longue pour les producteurs d’animaux d’élevage. La durée de cette transition, de même que d’autres facteurs de gestion et de production, incitent certains producteurs à abandonner leurs plans de conversion.

Si le secteur biologique canadien continue à croître, et si la production domestique doit jouer un rôle dans cette croissance, les circonstances doivent faciliter la conversion vers le biologique.

À cet égard, trois questions nous viennent à l’esprit.  Qu’est-ce qui motive un producteur à se convertir à la production biologique? Quels sont les barrières et les défis associés à la conversion/transition vers le bio? Quels sont les bénéfices perçus associés à la conversion vers le biologique?

Dans un article récemment publié, le professeur Spencer Henson, l’étudiant de troisième cycle James Holliday et moi-même avons tenté de répondre à ces questions en utilisant les données d’un échantillon de producteurs canadiens de lait et de légumes qui sont soit en période de transition, soit certifiés biologiques. Les résultats de cette étude indiquent les lacunes existantes et défient la vision qui émerge de la littérature existante.

Une recherche antérieure qui cherchait à comprendre les motifs de la conversion vers le biologique suggérait que le profit soit devenu un facteur de plus en plus important au cours des récentes années. Cependant, nos résultats révèlent que la santé et la sécurité ainsi que les motivations environnementales sont des facteurs plus importants que la rentabilité et les incitatifs économiques dans la décision d’un fermier de se convertir à la production biologique.

De plus, la fréquence de l’importance de la profitabilité dans la décision d’adopter les principes biologiques n’était pas statistiquement différente parmi les cohortes de producteurs qui se sont tournés vers ces pratiques avant 1990 et ceux qui l’ont fait après 1994. Dans la même veine, il n’y avait pas de différences relatives à l’importance des autres incitatifs parmi les cohortes en transition vers le bio, cela suggérant que les motifs incitant à la transition vers le bio n’ont pas changé avec le temps au Canada.

Cette conclusion ébranle l’opinion reçue selon laquelle l’orientation idéologique de la production biologique ne serait plus basée sur la santé/l’environnement mais sur l’incitatif économique/profit au cours des récentes années.

Les problèmes et les défis rapportés étaient le plus souvent liés au niveau de soutien externe, en particulier de la part du gouvernement et des agences de mise en marché, et à la nature des marchés. Ces résultats mettent en lumière le besoin d’environnements et d’institutions qui facilitent le développement des marchés pour les aliments biologiques. À cet égard, l’implantation finale de la Norme nationale sur les systèmes de production biologique le 14 décembre 2008 par le gouvernement du Canada joue un rôle important, cet événement indiquant que le besoin d’institutions qui facilitent une mise en marché des aliments biologiques plus ordonnée et transparente a été reconnu.

Une pression négative exercée par les autres fermiers et groupes d’agriculteurs a aussi été identifiée comme étant un problème et un défi significatifs, et cela souligne l’importance de l’acceptation sociale des systèmes de production non conventionnels.

Fait intéressant, la productivité des fermes et le contrôle des maladies étaient évalués comme étant les problèmes et les défis les moins importants auxquels devaient faire face les producteurs lors de leur conversion vers le bio. Cela dénote la capacité des producteurs d’assumer la gestion interne et innover face aux problèmes liés à la production.

Récemment, les bénéfices potentiels les plus hautement cotés n’étaient pas de nature économique, mais étaient liés à la réduction de l’exposition aux produits chimiques agricoles et à la qualité améliorée des aliments. Les impacts économiques, incluant de moindres coûts d’intrants et une plus grande profitabilité, comptaient en bas de liste des bénéfices mentionnés.

Cela suggère que plusieurs des bénéfices liés à la conversion vers le bio ne sont pas relatifs aux aspects financiers de la production agricole, mais plutôt à la perception de salubrité des méthodes agricoles pour le fermier et ses employés.

Comprendre les incitatifs, les défis et les bénéfices associés à la conversion vers la production biologique est crucial pour développer des stratégies visant à attirer les producteurs en production biologique ou faciliter le processus de conversion. Ce n’est qu’en surmontant les problèmes et défis que le secteur biologique prospérera.

(John Cranfield, Spencer Henson and James Holliday. 2010. "Les raisons, les bénéfices et les problèmes de la conversion vers un mode de production biologique" Agriculture and Human Values 27(3): 291-306.)


Cet article a originalement été publié dans l’édition du 26 octobre 2010 du journal Ontario Farmer. Le CABC remercie gracieusement Ontario Farmer d’avoir permis de publier cet article. 


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Affiché en février 2011

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