
La conversion au biologique rapporte, malgré les frais de transition
– Les mesures incitatives résident actuellement
dans un chiffre d’affaires de 50 000 $ de plus par an et dans six
journées d’encouragement de plus pour une ferme de 60 vaches
Par John Greig, journaliste, Ontario Farmer, le mardi
20 mars 2007
Une ferme laitière biologique de 60 vaches peut rapporter, net,
50 000 $ par an de plus qu’une exploitation classique. C’est
ce qu’une analyse des différences des coûts de production
entre les exploitations laitières biologiques et classiques a révélé
à Jack Rodenburg, du MAAARO.
Jack Rodenburg met en garde et précise que la rentabilité
d’une ferme laitière varie énormément, aussi
bien pour les exploitations biologiques que classiques. Pour calculer
ses coûts de production, il a ajouté le prix accru de la
pâture biologique, des frais de certification et de la main-d’œuvre
supplémentaire. Il a ainsi obtenu les coûts de la production
biologique, puis les a pondérés en introduisant la prime
de 21-22 % que la plupart des exploitants d’une ferme laitière
biologique obtiennent et est ainsi arrivé au résultat de
49 932 $ par an.
« C’est important. C’est très nettement au-dessus
des frais », a indiqué M. Rodenburg lors d’une réunion
d’information organisée par le MAAARO, Organic Meadow et
Harmony Organic Dairy la semaine dernière.
La réunion incluait une visite de ferme et des conférences.
Elle a attiré plus d’une centaine de participants, presque
tous exploitant une ferme laitière, et les organisateurs ont été
tellement surpris qu’il leur a fallu changer rapidement de salle
pour les conférenciers, pendant que les participants visitaient
la ferme.
Jack Rodenburg a aussi étudié ce qui devrait arriver à
une ferme pour qu’elle perde cet avantage de 50 000 $. Il a évalué
qu’en moyenne, une exploitation biologique retirait 26 litres de
lait par jour et par vache.
Cela comprend une baisse de 2,6 litres au chapitre de la production,
la mort de 24 vaches ou une baisse radicale de la fertilité.
Il a aussi calculé les coûts de la transition vers une exploitation
biologique, qu’il a estimés à 83 000 $ pour une ferme
de 60 vaches. L’intérêt sur ce montant s’élèverait
à environ 5 000 $, ce qui laisserait quand même un avantage
de 45 000 $ par an une fois le troupeau certifié.
Les participants à la réunion ont aussi beaucoup entendu
parler des six journées d’encouragement accordées
aux exploitants d’une ferme laitière organique par Dairy
Farmers of Ontario, pour favoriser un accroissement de la production.
Environ la moitié de ces journées d’encouragement
sont prises. Il en coûterait plus de 300 000 $ pour acheter l’équivalent
de ces quotas.
Les membres du conseil de Dairy Farmers of Ontario ont refusé
de préciser pendant combien de temps ces journées d’encouragement
allaient être accordées. Elles sont actuellement revues tous
les ans par le conseil.
Lloyd Wicks, l’un des membres du conseil de DFO qui était
pour que le DFO accepte la production biologique, a dit que, même
s’il ne pouvait s’exprimer au nom de l’ensemble du conseil,
ce dernier était en faveur de tout ce qui pouvait permettre de
combler un créneau laitier disponible.
Steve Cavell, président et chef de la direction d’Organic
Meadow, coopérative qui s’est imposée comme le plus
important transformateur de lait biologique de l’Ontario, a indiqué
qu’il n’envisageait aucune baisse de la demande en lait biologique
à court terme.
Le marché du lait biologique est actuellement comblé à
70 % par la production canadienne et, même si de nombreuses nouvelles
fermes laitières biologiques doivent entrer en production dans
les quelques années à venir en Ontario, le marché
devrait continuer de se développer au rythme de 20 % par an.
Le lait biologique ne représente pour l’instant que 0,5
% du marché canadien du lait. Aux États-Unis, il représente
4 %.
Il existe des écarts sur le marché du lait biologique au
Canada. Un producteur et transformateur verticalement intégré,
avec plusieurs fermes, domine la production en Colombie-Britannique. Dans
les Prairies, le marché et la production du lait biologique sont
petits, mais la situation devrait changer.
Le Québec a atteint une position bizarre avec une guerre des prix
du lait biologique, alors que la consommation stagne et pourrait même
diminuer, a indiqué Steve Cavell. Halifax est l’un des principaux
marchés du lait biologique et huit fermes laitières sont
en cours de transition vers le biologique dans les Maritimes.
Mais c’est en Ontario que se concentrera la croissance continue
du marché. Steve Cavell précise qu’il y existe des
possibilités de diversifier la gamme des produits laitiers biologiques.
« Mais cela ne se fera que si l’approvisionnement se maintient,
et c’est pour cette raison que je vais à Maxville, à
Kemptville, à Woodstock. Il nous faut plus de lait. »
D’autres participants à la réunion ont insisté
sur le fait qu’il ne fallait pas passer à la production biologique
uniquement pour l’argent.
« J’espère sincèrement que le principal attrait
ne se résume pas aux primes versées ni aux six journées
d’encouragement qui nous sont octroyées », a déclaré
Lawrence Andres, qui exploite une ferme laitière dans la région
de Kincardine et qui est l’un des propriétaires d’Harmony
Organic Dairy. « Il faut faire une transition intérieure,
dans son esprit. »
Grant Martin, exploitant d’une ferme laitière biologique,
dont le lait est transformé par Harmony, trait 60 vaches d’un
troupeau Maître-éleveur avec son père. Lui aussi a
affirmé que « le principal obstacle était dans la
tête ». Il prévient ceux qui envisagent de se convertir
au biologique que la résistance rurale au changement peut faire
obstacle à cette conversion.
Grant Martin adopte une attitude pratique face à toute la paperasserie
supplémentaire qui découle d’une certification biologique.
« Les entreprises qui réussissent notent leurs objectifs
et font le suivi de leurs progrès », a dit ce diplômé
de l’Université de Guelph.
L’exploitation d’une ferme laitière biologique est
aussi une bonne stratégie alors que l’incertitude se maintient
sur le marché du lait traditionnel.
« Votre marché, à titre de producteurs laitiers,
est sérieusement menacé et éprouvé »,
a indiqué M. Rodenburg. « Et c’est là l’un
des aspects qui va continuer de se développer. Pour ce qui est
de la gestion des risques, c’est un bon endroit où se trouver.
»
Le Centre d’agriculture biologique du Canada (CABC) tient à
remercier Ontario
Farmer de lui avoir donné l’autorisation d’afficher
cet article sur son site Web.
English
Affiché en octobre 2007
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