
L’agriculture biologique profonde
L’éco-philosophe norvégien Arne Naess était un leader du mouvement écologique profond. Il est décédé récemment, à l’âge de 96 ans. Son influence sur les mouvements verts et environnementaux fut énorme, comme elle le fut sur certains groupes de la société qui croient nécessaire que l’homme développe une relation différente avec le monde de la nature. Comme le disait Naess, « La terre n’appartient pas aux humains ». Plusieurs considèrent que les idées de Naess ont dépeint les grandes lignes de ce que devrait être notre relation avec la nature au 21ième siècle. Il a observé et écrit au sujet de la nécessité de s’éloigner du modèle centré sur l’être humain et de migrer vers un modèle centré sur la terre qui est respectueux de toutes les espèces et pas seulement des êtres humains. Naees a dit que si nous espérons éviter les désastres écologiques et sociaux, les individus ont besoin de définir leurs « egos » comme faisant partie de la nature.
On peut peut-être illustrer l’influence d’Arne Naees en se tournant vers les deux penseurs canadiens les plus connus qui lui soient intellectuellement redevables. Ce sont Stan Rowe (1918-2004) et John Livingston (1923-2006).
Rowe fut professeur en écologie végétale à l’Université de Saskatchewan de 1968 à 1985, et, plus tôt dans sa carrière, fut à l’emploi du Service canadien des forêts. En tant qu’employé du Service des forêts, Rowe a écrit le livre largement cité « The Forest Regions of Canada ». Il existe également deux livres composés d’essais : ”Home Place: Essays on Ecology” (1990), et ”Earth Alive: Essays On Ecology”, publié à titre posthume.
Rowe a soutenu le point de vue de l’écologie profonde, à l’effet que « Nous sommes d’abord des terriens, et en second lieu des humains. » Selon Rowe, nous, les humains, avons besoin d’une nouvelle vision de la terre, d’un nouveau système de valeurs qui prend naissance dans la crise écologique actuelle. Ce système de valeurs remet fondamentalement en cause notre vision passée, culturellement acquise et centrée sur l’humain qui considère que la nature n’est qu’une « ressource » à exploiter par l’humanité. Selon Rowe, un biologiste centré sur la terre, il était tout à fait faux de faire une distinction absolue entre l’organique et l’inorganique, entre l’animé et l’inanimé. « Qu’est-ce qui se qualifierait comme animé, vivant, organique et biotique sans le soleil, l’eau, le sol, l’air? »
Tel Naess, Rowe s’est opposé aux vérités dominantes prises pour acquises par notre société, selon lesquelles nous avons besoin d’une croissance de la population, tout comme d’une croissance de l’économie, des villes, de la consommation, etc. Comme d’autres l’ont démontré (par exemple Richard Heinberg dans « Party’s Over »), c’est une production agricole en expansion nourrie par les énergies fossiles qui a rendu possible la croissance étonnante de la population mondiale. Mais cette énergie bon marché sera bientôt épuisée. Naess, Rowe et Heinberg voient tous la nécessité de réduire largement la population humaine si nous avons à établir une relation durable avec la terre à long terme.
John Livingston, un mentor de David Suzuki, était un naturaliste, un communicateur et un professeur universitaire influencé par les idées de Arne Naess. Il a écrit de nombreux livres dont les plus influents sont peut-être « The Fallacy of Wildlife Conservation » et « Rogue Primate ». Livingston a adopté la position de base de l’écologie profonde selon laquelle la vie non humaine a une valeur en soi qui n’a pas à être justifiée par les humains, cette vision reposant sur la croyance largement admise que la nature et les espèces sauvages sont des marchandises ou des ressources destinées à être exploitées exclusivement par les humains. Selon Livingston et les supporteurs de l’écologie profonde, la nature sauvage n’est pas là pour servir les humains mais elle doit être défendue et valorisée pour ce qu’elle est.
Pour les partisans de l’écologie profonde, la production de nourriture va de pair avec la défense de la nature sauvage. Plusieurs partisans de l’écologie profonde sont végétariens. Ils promeuvent tout de même une agriculture respectueuse de la vie sauvage, en évitant par exemple d’élever des moutons en empoisonnant et trappant les coyotes. Selon Naess, « les usines animales interférent avec la dignité des porcs ». Il était partisan de l’agriculture, et non de l’industrie agricole, et croyait que « dans les sociétés vertes du futur, le pourcentage du revenu consacré à la nourriture sera substantiellement plus élevé qu’il ne l’est aujourd’hui »
Les partisans de l’écologie profonde consomment les aliments produits localement plutôt que ceux qui sont transportés sur des milliers de kilomètres et produits par un système agro-industriel basé sur les énergies fossiles.
Je crois qu’il y a une correspondance entre les idées de Naess et cet aspect du mouvement d’agriculture et de jardinage biologique qui considère la production d’aliments sains, régionaux, non fertilisés avec des produits chimiques comme allant de pair avec la protection des espèces sauvages et de la nature.
Un hommage à Naess intitulé "Remembering Arne Naess (1912-2009)” peut être lu en cliquant sur le lien http://home.ca.inter.net/~greenweb/Arne_Naess.pdf
Rédigé par David Orton pour CABC. Pour plus d’information : 902-893-7256 ou oacc@nsac.ca.
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Affiché en août 2010
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