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La culture biologique et la culture hydroponique vont-elles bien ensemble?

par Rupert Jannasch, M.Sc.

L’admissibilité de la culture hydroponique dans l’agriculture biologique est une source de controverse au Canada. En vertu des normes actuelles, la culture hydroponique semble ne pas être permise, mais certaines questions intrigantes nécessitent des réponses si l’on veut clarifier la question.

Une lacune dans la Norme nationale du Canada sur l’agriculture biologique de 1999 a rendu la culture hydroponique admissible (selon l’organisme de certification), car les lignes directrices en matière de culture en serre n’énoncent pas explicitement que la production doit être faite en sol.

La norme de 2006 établit clairement que le sol doit être le milieu de croissance. Toutefois, il n’y est fait aucune mention des systèmes de culture hors-sol, qu’ils soient naturels ou artificiels.

Par contre, le National Organic Program aux États-Unis autorise la culture hydroponique. Un volume considérable de publications sur l’Internet, principalement d’origine américaine, acceptent, sans se poser de question, le fait que la culture hors-sol est tout simplement une variante de l’agriculture biologique. Cette attitude ancrée semble être de plus en plus répandue chez les producteurs éventuels.

L’insuffisance d’activité microbienne est au cœur de la question de la culture hydroponique. La culture hydroponique conventionnelle dépend de formulations spéciales d’engrais solubles semblables à celles qui sont utilisées pour les grandes cultures. La plupart des exploitations soi-disant « hydroponiques biologiques » choisissent parmi une liste exhaustive de solutions concentrées de nutriments approuvées pour la production biologique. L’objectif de chacune de ces méthodes est de maintenir en grande partie l’espace de production stérile.

L’insuffisance de bactéries, de champignons et d’autres organismes vient contredire ce que plusieurs considèrent être les valeurs fondamentales de la culture biologique. Si l’activité biologique intense dans le sol est censée être la pierre angulaire de l’agriculture biologique, comment un système de production qui se dit fier d’être stérile peut-il vivre sous le même toit?

Elaine Ingham de Soil Foodweb (www.soilfoodweb.com) propose une solution à la pénurie de microorganismes en ajoutant du thé de compost au bouillon nutritif. Si cette solution est efficace, l’ajout d’un stimulant microbien pourrait rendre la culture hydroponique plus acceptable aux yeux des organismes de réglementation. Il n’est cependant pas évident que les producteurs d’aliments hydroponiques soient prêts à sacrifier les conditions stériles qu’ils appuient avec tant d’enthousiasme.

La culture hydroponique pourrait mériter l’obtention du statut biologique parce que les cultures telles que le cresson et la spiruline sont déjà cultivés dans des systèmes hors-sol. Une autre culture est celle des algues. Au cours des années 70, John Todd et les New Alchemists de Falmouth, au Massachusetts, ont cultivé des algues dans des réservoirs translucides en surface. Ils cultivaient des aliments aquacoles. Les algues n’auraient-elles pas pu être certifiées? Le poisson, lui, aurait pu l’être.

Le fait que la culture hydroponique ne porte pas atteinte à l’environnement pose un problème particulier aux organismes de réglementation. Il faut imaginer des systèmes hydroponiques fermés, sauf pour l’ajout de nutriments. Le contrôle total de la fertilité entre les mains de l’exploitant laisse croire que la nutrition optimale de la culture est réalisable. Le résultat en serait des plantes parfaitement en santé.

Le problème avec ce scénario est que l’interdiction de plusieurs fertilisants d’utilisation courante dans l’agriculture biologique devient inutile. L’allégation qui veut que les fertilisants tels que le chlorure de potassium et le superphosphate perturbent l’équilibre des sols et causent éventuellement des problèmes de ravageurs et de maladies n’a plus de fondement. De plus, si le système est fermé, la charge en phosphore et le lessivage du potassium dans l’environnement ne sont plus des problèmes.

Il s’ensuit donc que si les exploitations stériles de serre hydroponiques peuvent être certifiées, elles pourraient donc profiter des modifications en matière de phosphore soluble, de potassium et peut-être même d’azote. Aux yeux des puristes, cette logique peut sembler blasphématoire, mais elle comporte vraiment des risques. Des incohérences au niveau des normes offrent un terrain propice aux intérêts commerciaux de réduire la réglementation et d’exiger que les fertilisants courants soient utilisés dans la culture hydroponique biologique... et cela pourrait n’être qu’un début.

D’autres arguments en faveur de l’environnement deviennent plus abstraits. Du point de vue de la gérance, on pourrait dire de la culture hydroponique qu’elle conserve les sols puisqu’on les épargne de la charrue. Le même raisonnement pourrait être favorable pour ce qui est de la biodiversité. Si plus d’aliments étaient cultivés dans des environnements artificiels, les plantes et les animaux sauvages pourraient s’épanouir sur les terres qui ne sont plus utilisées à des fins agricoles.

Manifestement, certaines formes de culture hors-sol semblent plus biologiques que d’autres. Une certaine initiative est nécessaire au Canada afin de mieux définir les différences, étant donné que les normes actuelles ne sont pas très claires. On pourrait commencer par faire une distinction entre les cultures qui comprennent ou non une activité microbienne.

La possibilité de fixer une étiquette biologique sur les produits hydroponiques ouvre de vastes marchés aux producteurs et aux distributeurs. Pourtant, à un certain point, l’inclusivité pourrait commencer à miner l’intégrité du produit. Déjà, certains considèrent que les textiles biologiques, les produits de soins corporels biologiques et l’aquaculture biologique ont outrepassé la définition du terme « biologique ». Les biocarburants suivront-ils?


Rupert Jannasch, M.Sc., P.Ag. agit à titre de conseiller pour le Centre d’agriculture biologique du Canada. Les opinions exprimées dans le présent article ne représentent pas nécessairement celles du CABC. Faites-nous parvenir vos commentaires ou vos questions par téléphone au 902-893-7256 ou par courriel à oacc@nsac.ca.


« C’est avec plaisir qu’Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC) participe à ce projet. En collaboration avec des partenaires du secteur, AAC s’engage à sensibiliser davantage les Canadiennes et les Canadiens à l’importance de l’industrie agricole et agroalimentaire du pays. Les opinions exprimées dans ce document sont celles du CABC et ne sont pas nécessairement celles d’AAC. »


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Affiché en septembre 2008

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