
Raffiner la gestion des nutriments dans les systèmes de production
biologique
Derek Lynch, Ph.D.
Réduire au minimum les excédents et améliorer l'efficacité
des éléments nutritifs comptent parmi les principaux défis
de tous les systèmes de production, tant biologiques que conventionnels.
La nécessité de réduire les pertes et de faire une
utilisation optimale des nutriments fournis est motivée par les
préoccupations tant économiques qu'environnementales. De
plus, les contraintes réglementaires sont de plus en plus présentes.
Tandis qu'il existe des recherches suggérant que les stratégies
de régie des sols et de récolte pouvant réduire les
pertes d'éléments nutritifs, d'autres ont conclu que les
avantages obtenus sont généralement faibles, et qu'il est
est opportun d'améliorer et de raffiner les meilleures méthodes
de régie dans tous les systèmes de production.
La production de pommes de terre biologique et l'industrie laitière
biologique sont des domaines du secteur biologique ayant un bon potentiel
de croissance. À mesure que la production augmente pour satisfaire
la demande pour des pommes de terre et des produits laitiers biologiques,
il est nécessaire de regarder plus étroitement l'efficience
et l'efficacité nutritives globales des meilleures méthodes
de régie dans ces systèmes. C'est particulièrement
important étant donné que les systèmes de production
biologiques de pommes de terre et de lait doivent relever des défis
uniques au niveau de la régie des nutriments. C'est pour aider
à relever ces défis que le Centre d'agriculture biologique
du Canada (CABC), basé au Collège d'agriculture de la Nouvelle-Écosse
coordonne certains projets de recherche. Tandis qu'on met l'accent sur
de nouvelles approches à la gestion des éléments
nutritifs dans les systèmes biologiques de production de pommes
de terre et de lait, on peut espérer que la recherche permettra
de découvrir des solutions qui peuvent également servir
aux industries de la production laitière et de pommes de terre
conventionnelles. ?
L'un des principaux défis de la production de pommes de terre est
de gérer l'azote et l'humidité du sol. Le recours aux amendements
de sol est crucial pour contrôler ces facteurs. L'intensité
de l'utilisation des éléments nutritifs en production biologique
de pommes de terre peut changer, cependant, alors qu'augmente la disponibilité
des amendements de sol commerciaux approuvés en production biologique,
comme le fumier en granules et le compost déshydraté en
vrac, et que la demande pour les pommes de terre biologiques convenant
au marché de la transformation se développe. La capacité
à fournir de l'azote pendant la période critique de forte
demande qui suit le buttage peut se révéler très
différente avec l'application de composts ou d'engrais en granules
avant de semer de celle qu'apportent les amendements biologiques traditionnels
ou l'enfouissement de légumineuses. L'augmentation de l'humidité
de sol qui suit l'application de compost peut également favoriser
le rendement, directement ou indirectement, en influençant les
processus d'échange de l'azote dans le sol.
Afin d'étudier la disponibilité saisonnière de l'humidité
et de l'azote dans la production biologique de pommes de terre, une série
d'essais est actuellement effectuée par le CABC en collaboration
avec le Dr Bernie Zebarth du Centre de recherche sur la pomme de terre
d'AAC de Fredericton, Nouveau-Brunswick, dans cinq sites situés
dans les provinces Maritimes du Canada. Le financement du projet provient
du ministère de l'Agriculture et de la Foresterie de l'Île-du-Prince-Édouard
et du ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de la
Pisciculture du Nouveau-Brunswick. Les types d'amendement étudiés
incluent deux engrais de fumier de poulet granulé (d'Agrior, St-Patrice-de-Beaurivage
(QC) et de Envirem Technologies, Fredericton (N.-B.), une source de farine
de poisson sauvage (B. Fleming, Union Crnr, N.-B.), et un compost commercial
de fumier de porc (Atlantic Country Composting, Antigonish Co., (N.-É.).
Les amendements sont appliqués à différents taux
allant jusqu'à 200 kilogrammes à l'hectare d'azote disponible
sur trois variétés de pommes de terre. Ces taux de compost
sont équivalents à un maximum de 45 t. de matière
sèche de compost à l'hectare. Les chercheurs mesureront
l'humidité et l'azote minéral dans le sol ainsi que l'azote
présent dans des échantillons de matière végétale
recueillis tout au long de la saison, de même que l'azote minéral
présent dans le sol avant les semences et après la moisson.
En utilisant ces données, ils espèrent caractériser
la dynamique de l'humidité et de l'azote en réaction aux
différents types d'amendements. La recherche évaluera également
les incidences sur le rendement et la qualité des tubercules, y
compris le niveau de nitrate dans les tubercules et sur le potentiel de
pertes de nitrate dans le sol.
Du côté de la production laitière, le coeur de la
recherche portera sur le phosphore. Cela a pour but de réagir à
un manque de compréhension de l'efficacité de la production
de lait biologique au niveau de l'utilisation des nutriments, en dépit
d'un volume croissant de recherches décrivant les caractéristiques
techniques et le rendement économique du secteur laitier biologique
canadien. La plupart des exploitations laitières accumulent de
grands excédents nutritifs en raison de l'importance des nutriments
importés pour l'alimentation et de la relative faiblesse des exportations
dans le lait. Cependant, la recherche effectuée récemment
en Europe suggère que les systèmes biologiques de production
laitière peuvent, en fait, être enclins à être
déficients en phosphore à long terme. En outre, l'activité
biologique plus élevée rencontrée dans les sols sous
régie biologique a été associée à une
plus grande minéralisation du phosphore.
Le CABC se concentrera sur une approche systématisée de
la gestion des éléments nutritifs dans les exploitations
laitières biologiques. On poussera plus loin les travaux récents
effectués par le personnel du CABC en examinant la régie
nutritive dans les exploitations laitières du Canada atlantique
qui sont en transition vers la production biologique. Ces recherches ont
démontré comment une approche intégrée de
la gestion des éléments nutritifs peut équilibrer
les besoins du bétail et des cultures avec le bilan nutritif du
sol et efficacement réduire les excédents de phosphore des
fermes à près de zéro. Afin de pousser plus loin
cette approche en abordant la question des défis que posent la
gestion des éléments nutritifs pour l'industrie biologique
canadienne, un projet de recherches s'étendant sur trois ans doit
débuter cet automne. Cette étude sera entreprise par le
CABC en collaboration avec l'université de Guelph, et financée
par le programme de nouvelles orientations du ministère de l'Agriculture
et de l'Alimentation de l'Ontario.
Le premier objectif de la recherche sera d'évaluer comment cette
approche intégrée des éléments nutritifs peut
être appliquée aux exploitations laitières commerciales
de l'Ontario. Les chercheurs espèrent produire une base de données
d'études de cas de systèmes agricoles dont les agriculteurs
pourront se servir dans la planification de la gestion des nutriments
à la ferme et comme outils de soutien pour les producteurs de lait
intéressés à faire la transition vers l'industrie
laitière biologique. On dressera le bilan nutritif brut (à
la sortie de la ferme) pour le N, le P, et le K à tous les ans
pour chaque ferme pendant trois ans. Des analyses de sol standard seront
effectuées pour tous les champs de chaque ferme et associées
aux registres de la ferme pour caractériser les tendances observables
au niveau de la fertilité du sol. Le régime du bétail,
tant au niveau des aliments de base que des suppléments, sera documenté,
et les possibilités d'améliorer le bilan du phosphore le
système agricole tout entier seront étudiées.
La recherche examinera également l'utilité des index principaux
de l'activité biologique du sol comme outil de régie du
sol, et évaluera la valeur des sources locales de phosphate de
roche en Ontario comme amendement de sol et comme source minérale
de P. Le groupe espère trouver, plus précisément,
des occasions d'améliorer l'efficacité de l'utilisation
du phosphore dans l'industrie laitière biologique. En examinant
le phosphore employé tant dans les aliments du bétail que
dans les cultures, les chercheurs espèrent mettre au point et évaluer
des recommandations pour améliorer l'efficacité de l'utilisation
du P à travers le système de la ferme tout entier, et on
peut espérer que cette approche systématisée profitera
à tous les producteurs de lait.
bureau : (902) 893-7256, Courriel :
oacc@nsac.ca
Références :
Drinkwater, L.E., Wagoner, P., et Sarrantonio, M. 1998. Legume-based
cropping systems have reduced carbon and nitrogen losses. Nature 396 :
262-265.
Stopes, C., Lord, E.I., Philipps, L., et Woodward, L. 2002. Nitrate leaching
from organic farms and conventional farms following best practice. Soil
Use and Management 18 : 256-263.
Lynch, D.H., Jannasch, R.W., Fredeen, A.H., et Martin, R.C. 2003. Improving
the Nutrient Status of a Commercial Dairy Farm, An Integrated Approach.
American Journal of Alternative Agriculture, sous presse.
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