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Bienfaits sur le plan de l’environnement liés aux produits laitiers biologiques

Par Shelly Juurlink, M.Sc.

L’augmentation liée à la demande des produits laitiers biologiques a suscité un débat sur les bienfaits sur le plan de l’environnement des pratiques agricoles alternatives. On a longtemps accusé le secteur de l’agriculture, en général, de la dégradation de l’environnement, notamment par les eaux de ruissellement à teneur élevée en phosphore provenant des engrais chimiques responsables de la pollution des cours d’eau et des lacs, des émissions d’oxyde nitreux et de l’érosion. Les chercheurs du Centre d’agriculture biologique du Canada et de l’Université de Guelph ont publié récemment les résultats d’un projet d’envergure dans le cadre duquel on examine les bilans nutritifs de quinze exploitations laitières biologiques à long terme en Ontario.

La production laitière biologique au Canada s’est accrue de près du triple, passant d’environ 10 millions de litres de lait à 35 millions de litres en trois ans, et la demande continue de s’accroître à peu près de 20 p. cent par année. En Ontario, de 1994 à 2003, le nombre d’exploitations laitières certifiées biologiques est passé de 13 à 46. Les aspects technique et économique des exploitations laitières biologiques de l’Ontario ont été bien documentés, mais il reste encore à examiner leur viabilité en ce qui concerne l’équilibre nutritif et l’efficacité des éléments nutritifs.

Il est possible d’améliorer le rendement net et le rendement économique dans des systèmes alternatifs de production laitière en réduisant la dépendance vis-à-vis de l’acquisition d’intrants et en améliorant l’efficacité des éléments nutritifs. Les exploitations laitières biologiques consacrent souvent davantage leurs cultures du sol aux pâturages et à la production de foin et moins aux cultures commerciales et aux céréales à gros grains que les exploitations de type traditionnel. La densité du bétail dans les exploitations laitières biologiques est souvent inférieure à celle des exploitations de type traditionnel en raison de l’importance accordée à la réduction des coûts d’importation des aliments pour animaux. Dans les grandes exploitations de type traditionnel ayant une densité de logement élevée, on constate d’importants surplus de nutriments, parce que davantage d’éléments nutritifs sont apportés dans l’exploitation qu’ils ne sont extraits du lait. Par conséquent, les exploitations laitières biologiques observent des surplus de nutriments en quantité inférieure, et ce, en raison de l’équilibre des rations et des séquences culturales plutôt que de la taille de l’exploitation ou du troupeau de bovins laitiers. Cette recherche avait pour but de caractériser les bilans nutritifs NPK à la ferme et l’efficacité des éléments nutritifs dans quinze exploitations laitières certifiées biologiques à long terme en Ontario et de les mettre en corrélation avec les caractéristiques de gestion agricole et la productivité.

Les quinze exploitations à l’étude ont été choisies dans le sud et l’est de l’Ontario en 2003. Dans une enquête initiale sur les exploitations agricoles, des données ont été recueillies concernant la taille de l’exploitation, la densité du bétail, les modèles d’utilisation des cultures du sol ainsi que les importations et exportations de substances nutritives. Tous les animaux ont été comptabilisés et la densité du bétail a été calculée. Les données sur la productivité, les quantités de lait exportées, le pourcentage de gras et la teneur en protéines ont été tirées des libellés sur le lait de Dairy Farmers of Ontario. Le bilan de masse des nutriments pour l’ensemble de l’exploitation a été déterminé pour chaque exploitation. La teneur en substances nutritives des aliments pour animaux, de la litière, des cultures commerciales et des graines importés et exportés a été évaluée. On a tenu compte de l’ensemble des importations et des exportations à la ferme dans le bilan.

Les bilans pour l’ensemble des exploitations ont indiqué des surplus de 75,3 kg d’azote par ha. Les intrants d’azote dominants consistaient en la fixation d’azote par les légumineuses, les dépôts atmosphériques et les importations d’aliments pour animaux. Les exportations de lait représentaient 75 p. cent de la totalité des exportations d’azote. Les bilans indiquaient de faibles surplus dans neuf exploitations et de légers déficits dans six exploitations. Les intrants de phosphore comprenaient les sources de minéraux, les aliments pour animaux et la litière tandis que les extrants de phosphore se trouvaient principalement dans le lait. Le potassium indiquait des surplus annuels représentés dans les aliments pour animaux et la litière. Le lait représentait la majorité des exportations de potassium.

Selon les données provenant de ces exploitations laitières biologiques à long terme en Ontario, ces systèmes de production ont des bilans nutritifs pour l’exploitation globale très différents de ceux des exploitations de type traditionnel. Les charges nutritives plus faibles associées à ces systèmes de gestion présentent des bienfaits éventuels sur le plan de l’environnement en ce qui concerne la réduction des effets en dehors de l’exploitation sur la qualité de l’air et de l’eau. Pour 30 p. cent des exploitations à l’étude, celles mettant l’accent sur l’autonomie dans leur affouragement, on constate une élimination nette du phosphore plus élevée dans l’exploitation qui réduit progressivement la teneur en phosphore du sol. Il est possible de faire face à ce problème en élaborant un plan intégré de gestion des éléments nutritifs et en ajustant la teneur en phosphore dans les aliments pour animaux et aliments concentrés.

À l’heure actuelle, on mène un projet approfondi sur trois ans dans 10 exploitations laitières biologiques à faible teneur en phosphore en Ontario et quatre exploitations laitières faisant la transition à l’agriculture biologique en Nouvelle-Écosse afin d’examiner l’effet de la qualité du sol et du fourrage sur la fixation de l’azote pour les légumineuses. Ce projet a pour but de déterminer la qualité du fourrage pour les sols à faible teneur en phosphore, avec des intrants minimaux, et d’évaluer le lien avec la fixation de l’azote, puisque le potassium peut limiter la quantité d’azote fixée par les légumineuses comme la luzerne et le trèfle. Les agriculteurs prenant part à ce projet recevront les essais détaillés sur la qualité du sol et du fourrage ainsi que les données sur la quantité d’azote fixée dans leurs champs.


Shelly Juurlink est la spécialiste en vulgarisation et recherche sur la production laitière biologique au CABC. Pour obtenir de plus amples renseignements, veuillez communiquer avec le CABC au 902-893-8037. La publication de cet article a été financée en partie par Agriculture et Agroalimentaire Canada.


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Affiché en janvier 2009

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