Centre d'agriculture biologique du Canada Centre d'agriculture biologique du Canada (CABC)

Page d'accueil du CABC

La teneur des sols en phosphore est-elle suffisante dans les fermes biologiques?

par Melissa Arcand

Les pratiques des fermes biologiques visent à optimiser le recyclage des éléments nutritifs du sol dans l’exploitation agricole et à réduire les apports externes. Cette approche en matière de gestion du sol peut contribuer à réduire la charge en éléments nutritifs, mais peut aussi soulever plusieurs problèmes. Des préoccupations ont notamment été formulées concernant le fait que les pratiques d’agriculture biologique entraînent l’atténuation de la teneur des sols en phosphore (P).

Des chercheurs de l’Université de Guelph ont récemment établi le bilan nutritif de 15 fermes laitières biologiques de l’Ontario. Au moment de l’étude, on dénombrait en tout 46 exploitations certifiées dans la province. La quantité de phosphore qui quitte la ferme dans le lait, les animaux et les récoltes a été évaluée et comparée à la quantité de phosphore qui arrive à la ferme dans les suppléments minéraux, les aliments pour animaux et les autres intrants.

Les chercheurs ont constaté que le bilan moyen en phosphore indiquait un surplus de 1 kg P ha-1 an-1, un écart considérable par rapport aux surplus de 37 kg P ha–1 an–1 enregistrés dans les exploitations laitières en milieu fermé aux États-Unis. La manutention du fumier et la lixiviation n’ont pas été prises en compte dans le calcul, ce qui signifie qu’une perte totale de teneur des sols en phosphore était toujours possible dans les fermes laitières biologiques.

Dans le cadre de la même étude, 225 échantillons de sol ont été recueillis dans les champs des 15 fermes laitières biologiques. L’analyse du sol a révélé un faible teneur (<10 ppm) en phosphore pour près de la moitié des 225 champs, ce qui laisse à penser que le phosphore peut restreindre la croissance des cultures dans ces champs.

Les données sur la teneur des sols en phosphore dans les autres secteurs de l’agriculture biologique en Ontario sont insuffisantes. Toutefois, des chercheurs d’autres régions du pays et de l’étranger ont constaté des carences similaires en phosphore assimilable par les végétaux. Dans les Prairies, où la production de grain d’exportation prévaut, les échantillons de sol prélevés dans 170 champs de 14 fermes biologiques ont révélé une faible teneur en phosphore assimilable par les végétaux, notamment pour les fermes exploitées biologiquement depuis longtemps (plus de 30 ans).

Le phosphore est une ressource limitée des sols qui se trouve dans les minéraux, les microbes du sol et la matière organique. Contrairement à l’azote, le phosphore n’est pas prélevé de l’atmosphère par les légumes ou les autres cultures. Selon le type de gestion, les sols de l’Ontario contiennent entre 1 000 et 3 500 kg de phosphore total par hectare dans le sol de surface. Cette quantité de phosphore peut sembler suffisante; toutefois, les cultures ont accès à moins de 1 % du phosphore total.

Conformément aux normes de certification canadiennes, les agriculteurs biologiques ne peuvent utiliser d’engrais phosphatés fabriqués chimiquement, qui fournissent directement aux cultures du phosphore rapidement utilisable. Ils comptent plutôt sur la décomposition des matières organiques produites à la ferme comme le fumier et les résidus de culture pour recycler le phosphore dans le sol; ainsi, le phosphore peut éventuellement être absorbé par les cultures, selon la quantité de phosphore et de carbone contenue dans les matériaux.

Le recyclage des nutriments à la ferme ne peut compenser le déficit en phosphore si le phosphore est retiré de la ferme, puis rajouté. Il s’agira toujours d’un défi à relever dans le cadre de la gestion des sols dans les fermes biologiques, et ce défi doit être relevé en examinant les sources potentielles de phosphore externe. Toutefois, des faibles surplus de phosphore et la faible teneur en phosphore constatée lors de l’analyse du sol peuvent ne pas être si nuisibles à la croissance des cultures.

Le recours aux matières organiques peut signifier qu’on trouvera plus de nutriments sous forme organique que sous forme inorganique. Par conséquent, une plus grande quantité de phosphore peut être absorbée par les microbes du sol et la matière organique et sera libérée au fil du temps par la minéralisation. Autrement, le phosphore peut être fortement lié, chimiquement et physiquement, au calcium et à l’argile.

Des études ont révélé que l’activité microbienne est élevée dans les fermes biologiques comparativement aux fermes qui fournissent aux sols du phosphore soluble. Le recyclage du phosphore par le biais des microbes du sol peut être rapide dans les fermes biologiques, même si les sols n’ont pas récemment été amendés de matériaux organiques frais. Cela donne à penser que l’apport potentiel en phosphore assimilable par les végétaux est plus élevé dans les fermes biologiques qui comptent sur les intrants de matériaux organiques.

Les analyses du sol qui permettent de détecter le phosphore assimilable par les végétaux peuvent ne pas être appropriées pour prédire l’apport de phosphore aux cultures à partir des matériaux organiques. Malgré la faible teneur en phosphore révélée lors des analyses du sol dans les Prairies, les agriculteurs ont constaté que leurs récoltes étaient toujours acceptables. Il importe de mieux connaître la biologie des sols pour déterminer la façon dont le phosphore peut être fourni aux cultures dans un système d’exploitation axé sur les intrants de matériaux organiques.

Documents de référence
Entz, M.H., Guilford, R., Gulden, R., 2001. Crop yield and soil nutrient status on 14 organic farms in the eastern portion of the northern Great Plains. Revue canadienne de phytotechnie 81, 351-354.

Martin, R., Lynch, D., Frick, B., et vanStraaten, P., 2006. Phosphorus status on Canadian organic farms. Journal of the Science of Food and Agriculture [Sous presse].

Oberson, A., Fardeau, J.C., Besson, J.M., Sticher, H., 1993. Soil phosphorus dynamics in cropping systems managed according to conventional and biological agricultural methods. Biology and Fertility of Soils 16, 111-117.

Roberts, C, Lynch, D.H., et Voroney, R.P., 2007. Farm nutrient status in relation to farm management and productivity across fifteen organic dairy farms in Ontario. Soumis à la Revue canadienne de la science du sol.


Melissa Arcand agit à titre de conseillère pour le Centre d’agriculture biologique du Canada. Veuillez formuler vos commentaires ou questions par téléphone au 902-893-7256 ou par courriel à l’adresse oacc@nsac.ca.


English


Affiché en janvier 2008

Haut de la page

© 2011, Centre d'agriculture biologique du Canada (CABC)