
Bien choisir ses gras pour un cur en santé
Orna Izakson, E/The Environmental Magazine, 16 mai 2003
Certains diététiciens bien informés prétendent
que, si vous pouvez vous permettre d'acheter uniquement un type daliment
biologique, cela devrait être les huiles culinaires. Ils fondent
cette affirmation sur plusieurs éléments. Au sommet de la
liste, on retrouve le fait que les métaux lourds (qui peuvent être
présents dans les boues d'épuration employées pour
fertiliser certaines fermes conventionnelles) et les produits chimiques
industriels tels que les pesticides tendent à coller aux graisses.
Beaucoup d'huiles de cuisson communes, dont lhuile de canola, de
soja et de coton, sont génétiquement modifiées pour
mieux résister aux pulvérisations de pesticides que les
autres huiles. Bien que la Food and Drug Administration (FDA) les juge
sûres pour la consommation humaine, les écologistes sont
de plus en plus préoccupés au sujet des effets de ces produits
sur l'écosystème et le corps humain. Acheter des produits
biologiques constitue l'un des moyens de s'assurer qu'aucun OGM ne se
retrouve dans son assiette.
De plus, les huiles non certifiées et celles qui ne portent pas
la mention « pressée à froid » ou « extraite
par pression » peuvent être obtenues en utilisant le solvant
n-hexane, une toxine du système nerveux. Le n-hexane, tiré
du pétrole brut, est surtout préoccupant pour la santé
des ouvriers exposés pendant son évaporation. La FDA approuve
les méthodes chimiques dextraction de lhuile, mais
les personnes qui choisissent d'acheter des produits biologiques trouvent
peut-être de telles assurances insatisfaisantes.
Pierres angulaires
En dépit de préoccupations justifiées au sujet de
lexcès de gras dans la diète moderne, un apport suffisant
d'huile de haute qualité est essentiel pour la santé. Les
graisses sont à la base de la composition des hormones et sont
particulièrement critiques pour les bébés pendant
que leur système nerveux se développe, car les huiles contribuent
à recouvrir les cellules nerveuses alors quelles se forment.
« Lapport d'huile est très important » explique
Chris Meletis, un médecin naturopathe et doyen du National College
of Naturopathic Medicine. « Sans huile, on observe un niveau dinflammation
accru, une immunité altérée et une augmentation des
crampes menstruelles. » Il affirme que les graisses « sont
essentielles à la création de chaque cellule. »
Les gras ont mauvaise réputation parce que deux types, les gras
saturés et les acides gras trans, favorisent les maladies du cur.
Les gras saturés proviennent de sources animales et végétales.
Les huiles dont le degré de saturation est important sont généralement
solides à la température ambiante : songeons aux huiles
de noix de coco et de palmier ou au beurre et au saindoux.
Les acides gras trans se retrouvent dans les huiles modifiées
pour les rendre solides à la température ambiante, comme
dans le cas de la margarine. Ce procédé, connu sous le nom
dhydrogénation, réduit ou élimine également
plusieurs éléments sains présents dans l'huile dorigine.
La diététicienne Connie Diekman, directrice du département
de nutrition de l'Université de Washington, dit que les acides
gras trans et les gras saturés causent le même genre de problèmes
de santé pour le cur. Elle recommande d'utiliser des huiles
au lieu de graisse ferme autant que possible. Cela donne peut-être
des gâteaux moins légers, dit-elle, mais les bénéfices
pour la santé en valent la peine.
Cependant, dautres types de graisses sont essentiels à une
bonne santé. Les gras monoinsaturée contribuent réellement
à contrecarrer les effets dobstruction des gras saturés.
L'huile dolive, de canola, d'arachide, de sésame, d'amande,
d'abricot, d'avocat ainsi que les huiles de carthame et de tournesol riches
en acide oléique contiennent toutes plus de 50 pour cent de gras
monoinsaturé, selon Spectrum Naturals, un important distributeur
d'huile.
Les gras polyinsaturés, composés dacides gras Omega-3
et Omega-6, ont également des propriétés qui abaissent
le cholestérol. Elles sont également les huiles les plus
importantes au point de vue nutritionnel, parce que le corps ne peut les
synthétiser. Cependant, obtenir le bon équilibre n'est pas
toujours facile.
La plupart des diététiciens prétendent que le corps
a besoin de deux ou trois fois plus dOmega-3 que d'Omega-6 (cela
représente une mauvaise nouvelle pour ceux qui défendent
les vertus de lhuile de chanvre, puisque celle-ci en contient le
rapport inverse.) Les huiles de cuisson communes comme le canola, le maïs,
le carthame, le tournesol, la noix de Grenoble, le sésame et le
soja représentent de riches sources d'Omega-6 mais contiennent
peu ou pas du tout dOmega-3. Les huiles de canola et de chanvre
sont celles qui en offrent la meilleure proportion, mais elles demeurent
relativement trop riches en Omega-6.
L'huile de graines de lin est la meilleure source végétale
pour corriger le déséquilibre entre l'Omega-6 et lOmega-3,
avec un coefficient inverse de celui de lhuile de chanvre. Les poissons
comme la morue, le saumon et le maquereau sont également d'excellentes
sources d'Omega-3. On peut consommer leur huile sous forme de suppléments,
mais elle supporte également la cuisson et demeure présente
dans la chair. Les sources végétales dOméga-3
ne devraient pas être chauffées.
Conservation et transformation
Toutes les huiles doivent être protégées contre la
chaleur et la lumière, qui les oxydent et les font rancir. Les
huiles riches en Omega-3 sont particulièrement sensibles et devraient
être réfrigérées.
Hormis le fait que les huiles rances sentent et goûtent mauvais,
elles contiennent beaucoup de radicaux libres, affirme Jim Gallagher,
un professeur de nutrition à l'université de Bastyr. Les
radicaux libres collent sur les couches de protéines dans le corps
et les décomposent, causant une foule de problèmes de santé.
Les huiles finissent par rancir avec le temps simplement par lexposition
à l'air. Cest pourquoi Gallagher recommande d'acheter les
huiles en petite quantité pour pouvoir les utiliser rapidement.
Les réservoirs en vrac laissent souvent lhuile exposée
à l'oxygène, mais si elle se vend rapidement cela naura
pas le temps de causer des problèmes. Il faut nettoyer soigneusement
les récipients pour ne pas ajouter de la bonne huile aux restes
dhuile rance.
Chauffer lhuile accélère le processus d'oxydation,
ce qui explique en partie pourquoi les fritures sont mauvaises pour la
santé. Lhuile brûlée, qui commence à
fumer, peut même être carrément dangereuse : «
Lorsquon les surchauffe, de nombreux types d'huiles se transforment
en agents carcinogènes », indique Meletis. Cela est vrai
pour lhuile présente dans le maïs soufflé et
la graisse qui brûle sur le charbon au cours de la cuisson au barbecue.
Pour éviter de tels problèmes, il faut choisir la bonne
huile pour chaque usage. Pour frire à haute température,
saisir et faire brunir à des températures pouvant atteindre
500 degrés Fahrenheit, Spectrum Naturals recommande la super huile
de canola, d'amande, de noyau d'abricot ou les huiles riches en acide
oléique de tournesol, de carthame, d'arachide ou de soja. Pour
sauter et faire cuire sous les 375 degrés, on recommande lhuile
de canola, de noix de Grenoble, de tournesol ou de sésame. Lhuile
d'olive, de maïs ou les autres types dhuile qui supportent
bien la chaleur peuvent servir à la préparation de sauces,
la cuisson au four ou pour faire sauter sous les 320 degrés. Les
huiles de lin, de chanvre, de germe de blé, de bourrache et de
cassis doivent être réservées pour la préparation
de salades ou pour aromatiser les aliments après cuisson.
La polémique entourant l'huile de Canola
Cette huile, développée à partir de la graine d'une
plante apparentée au brocoli nommée colza, est devenue controversée
parmi les partisans dune alimentation naturelle au cours des dernières
années. Cest un article paru dans le magazine Perceptions,
qui se décrit comme « consacré à l'intégrité
de la vie et à la souveraineté de l'être humain »,
qui a lancé le débat. Dans cet article, on retrouve plusieurs
affirmations, dont celle voulant que le canola soit un lubrifiant industriel
carcinogène.
Selon la FDA, le colza (également connu sous le nom de moutarde
sauvage) a été cultivé pendant des siècles
en Europe centrale et l'huile extraite de la graine a beaucoup servi au
Canada pendant la seconde Guerre Mondiale comme substitut de produits
lubrifiants pétroliers rares. Mais les études faites sur
la consommation à long terme d'huile de graines de colza par les
animaux ont établi le lien entre un des éléments
qui la composent, lacide érucique, et lapparition de
lésions au cur. Les Canadiens ont commencé à
sélectionner les plants de colza et, dans les années 70,
ont mis au point une variété qui contient moins de 2 pour
cent d'acide érucique. Cette l'huile, connue sous le nom d'huile
canadienne ou huile de canola, est ce quon retrouve sur des tablettes
des supermarchés aujourd'hui.
Parmi les personnes contactées lors de la rédaction de
cet article, nul na pu établir de lien entre le canola et
le cancer, au-delà des préoccupations déjà
exprimées au sujet de la surchauffe de lhuile. Une partie
de ces inquiétudes semble provenir dune mauvaise compréhension
de la différence entre l'hybridation (le genre de pollinisation
croisée qui a permis de développer un épi de maïs
plus grand qu'un doigt ou des épis de blé qui ne cassent
pas avant qu'il ne soit prêt pour la moisson) et la génétique
qui ajoute en laboratoire des gènes qui n'ont jamais été
présents naturellement dans la plante. Le canola a subi deux genres
de modification, d'abord pour abaisser le niveau d'acide érucique
et ensuite pour augmenter sa résistance aux pesticides. Alors que
la charge de pesticides et les modifications génétiques
du canola constituent un souci pour beaucoup de gens, les variétés
biologiques sont exemptes des deux.
Cindy Moore, directrice des thérapies par la nutrition à
la Fondation de la clinique de Cleveland, recommande l'huile de canola
parce qu'elle contient peu de gras saturés, un bon équilibre
entre les gras mono et polyinsaturées et même jusqu'à
10 pour cent dOmega-3.
Meletis, du National College of Naturopathic Medicine, ne souhaite pas
donner son opinion sur la controverse entourant lhuile de canola,
mais il préfère utiliser de lhuile dolive. Il
affirme : « je n'ai jamais recommandé lhuile de canola,
même avant dentendre parler de cette polémique, parce
qu'il est prouvé que le régime méditerranéen
est bon pour le cur et favorise une bonne santé en général.
»
Orna Izakson se sert dhuiles naturelles à Portland, Oregon.
Source de l'information : E/The Environmental Magazine
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