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Bétail et fourrages : base de l'agriculture biologique ?

Andy Hammermeister - Centre d'agriculture biologique du Canada

Beaucoup d'agriculteurs et chercheurs croient que les fermes biologiques ne peuvent être viables que si on y trouve des plantes fourragères vivaces, comme la culture de foin, et du bétail.

Inclure les plantes fourragères vivaces dans la rotation des cultures peut être très bénéfique. Le principal rôle des plantes fourragères est d'enrichir la matière organique du sol. En plus de fournir une source d'aliments, cette matière végétale améliore également la structure de sol en se décomposant. Le sol peut retenir davantage d'eau, est mieux aéré et risque moins de s'éroder ou de se compacter. La culture des plantes fourragères vivaces brise également les cycles des mauvaises herbes, des maladies et des insectes parasites. Si on ne trouve pas d'animaux sur une ferme, cependant, cultiver les plantes fourragères vivaces peut sembler une pratique coûteuse qui met les parcelles à l'écart de la production pour une période pouvant atteindre cinq ans. Dans un système biologique, la vente du foin réduit la viabilité par l'exportation de nutriments qui, autrement, demeureraient sur la ferme et serviraient à la production de cultures commerciales. On peut également prétendre que les bienfaits que fournissent les plantes fourragères vivaces peuvent être obtenus autrement, par une gestion soigneuse de la rotation des cultures. La diversification des rotations, les semis d'automne et les engrais verts constituent des méthodes largement employées pour briser le cycle de parasite et pour vitaliser les sols.

Le bétail est également considéré par de nombreuses personnes comme étant un élément critique pour assurer la viabilité d'une ferme biologique. Non seulement les animaux d'élevage diversifient-ils le revenu agricole, mais ils peuvent utiliser les sous-produits de la production végétale. Le fumier du bétail peut représenter une précieuse ressource pour gérer la fertilité du sol, dans un système biologique. La haute disponibilité des nutriments présents dans le fumier, particulièrement l'azote et le phosphore, le rend très utile dans les Prairies. Dans l'est du Canada, cependant, les terres disponibles pour disposer sans risque du fumier sont moins nombreuses, et la surcharge nutritive peut devenir un problème. Différents animaux consomment différents types d'aliments à la ferme, et peuvent donc jouer différents rôles. Par exemple, les ruminants, qui mâchent longuement leurs aliments comme le mouton et le bœuf, peuvent faire une bonne utilisation du fourrage. Les animaux monogastriques, ceux qui ont seulement un estomac comme les poulets et les porcs, digèrent moins efficacement le fourrage et ont donc besoin de plus de céréales ou d'autres sources de protéine dans leur régime. Le fumier produit par ces deux groupes d'animaux peut avoir un contenu nutritif tout à fait différent. Beaucoup d'agriculteurs n'élèvent pas d'animaux pour plusieurs raisons. Une ferme biologique peut-elle être viable sans animaux d'élevage ? Sont-ils essentiels pour recycler l'énergie et les nutriments à la ferme?

L'avantage net que représentent la culture des plantes fourragères vivaces et l'élevage des animaux pour un système d'agriculture biologique n'est pas clair. Pour aider à répondre à cette question, le Centre d'agriculture biologique du Canada et l'université du Manitoba s'associent dans un projet de recherche sur les systèmes d'agriculture biologique. Une expérience de rotation des cultures de quatre ans a été mise en place au Manitoba et en Nouvelle-Écosse en 2002. Le projet est conçu pour étudier certaines questions liées aux bénéfices économiques, agronomiques, et environnementaux d'intégrer les plantes fourragères vivaces et les animaux d'élevage à une ferme biologique. La rotation de base étudiée est le blé, le soja, l'orge et la pomme de terre. On étudiera les effets d'une ou deux années de fourrages dans la rotation en remplaçant le soja, ou le soja et l'orge, par une plante fourragère convenant à la région où se déroule l'étude. Les plantes fourragères sont semées sous la culture antérieure qui sert de plante abri. Afin d'examiner l'importance des animaux d'élevage, on fabrique du compost à partir du fumier de ruminants et d'animaux monogastriques afin de servir d'engrais sur les cultures qui font partie des rotations.

Nous étudierons les données économiques de ces systèmes agricoles en notant le coût des intrants et la valeur des récoltes. Nous surveillons également les populations de mauvaises herbes, les maladies des cultures, les parasites et la nutrition des récoltes pour étudier le rendement agronomique de chaque système. La viabilité environnementale sera mesurée, principalement en étudiant des indicateurs de qualité du sol. De tels indicateurs peuvent inclure le type et la quantité de matière organique présente dans le sol et l'importance de la présence de micro-organismes et de petits animaux dans le sol. À la fin du projet, nous espérons pouvoir faire une recommandation claire au sujet de l'importance des plantes fourragères vivaces et du bétail dans les systèmes biologiques.
Nous pouvons, pour le moment, partager quelques-uns des résultats préliminaires obtenus sur nos parcelles de la Nouvelle-Écosse en 2002. Premièrement, nous avons constaté que le développement précoce des parcelles qui n'ont reçu aucun compost (de la farine de luzerne a été utilisée comme source d'azote) a été retardé par rapport aux parcelles garnies de compost. L'impact, sur la récolte, de ce retard dans le développement des plantes a semblé être un rendement moindre et un poids de grain légèrement inférieur. Il est intéressant de noter que nous avons également observé que le nombre de mauvaises herbes présentes dans les parcelles n'a pas affecté le rendement. Par contre, la taille des mauvaises herbes et leur poids total ont eu plus de conséquences.


Pour obtenir plus d'information au sujet de cette recherche, contactez :
Andy Hammermeister
Centre d'agriculture biologique du Canada
C.P. 550
Truro (N.-É.) B2N 5E3
Téléphone : 902-893-8037
Courriel : ahammermeister@nsac.ca


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