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Expérience à long terme sur la production de légumes: Comparaison de la croissance des plantes et de la fertilité du sol entre des fertilisés à l'aide d'engrais et de compost
Par P.R. Warman
Département des sciences de l'environnement, Collège
d'agriculture de la Nouvelle-Écosse, Truro (N.-É.), Canada
Version imprimable ici
RÉSUMÉ
Une étude comparative de parcelles en culture maraîchère
fertilisées au compost et de parcelles fertilisées de manière
conventionnelle a été effectuée pendant 12 ans dans
un sol limoneux-sableux près de Truro, en Nouvelle-Écosse.
Les traitements de fertilisation ont été appliqués
annuellement à six parcelles de rotation où on a planté
six à huit cultures végétales différentes.
Les composts étaient constitués de fumier d'animaux, de
déchets d'aliments, de résidus de jardinage et de
paille ainsi que de fumier et de litière provenant de champs de
courses de chevaux. Cet article résume les résultats de
la dernière année de l'étude (2001), alors qu'on
a mesuré les niveaux de nutriments dans le sol, le tissu foliaire
et la partie comestible des plantes ainsi que le rendement des récoltes.
On a mesuré le poids à l'état frais des récoltes
obtenues dans les six parcelles; cela indique que le traitement de compost
a donné un rendement plus élevé, mais pas de manière
significative, de carottes, poivrons, oignons et tomates et des rendements
significativement plus élevés pour les haricots verts et
jaunes. Cependant, les rendements de choux de Bruxelles et de choux-fleurs
étaient plus élevés dans les parcelles fertilisées
à l'aide d'engrais conventionnel. Le pH, la CEC, la
teneur en C et en N ainsi que les niveaux les niveaux de P, de CA, de
magnésium, de manganèse, de Zn et de B mesurés avec
la méthode d'extraction Mehlich-3 étaient plus élevés
dans les sols ayant reçu du compost que dans les parcelles fertilisées
de manière conventionnelle. Cependant, la présence plus
importante de nutriments dans le sol amendé au compost n'a
pas augmenté la teneur en éléments nutritifs du tissu
foliaire ni de la partie comestible des plantes. Parmi les 16 éléments
mesurés, seuls le P et le K étaient plus présents
dans les tissus des plantes ayant reçu des fertilisants conventionnels,
alors que le niveau de P était significativement plus élevé
dans la partie comestible de la plante. Cette étude a démontré
que l'utilisation à long terme de compost peut donner des rendements
et une analyse des éléments semblables pour la plupart des
cultures dans des sols amendés au compost et au fertilisant conventionnel.
Cet article décrit les résultats des années de production
1999 et 2000.
Les résultats touchant le rendement des cultures par rapport aux
deux types d'amendements se sont révélés contradictoires;
les rendements de tomates et de brocolis ont varié d'année
en année. Les parcelles de terrain fertilisées à
l'engrais, cependant, ont donné un meilleur rendement de
haricots et une plus grande quantité de carottes et de poivrons,
alors que les parcelles de terrain ayant reçu du compost ont donné
plus d'oignons les deux années. On a observé peu d'effets
significatifs des traitements sur le contenu des tissus végétaux;
seuls les taux de Fe et le B étaient plus élevés
dans les feuilles des plantes ayant reçu le traitement biologique
en 1999. Des 19 paramètres du sol évalués, la capacité
d'échange cationique, les niveaux de CA, de Mn et de Pb mesurés
avec la méthode d'extraction Mehlich-3 après la récolte
se sont révélés plus élevés dans les
sols ayant reçu du compost les deux années de l'étude.
Cette recherche sur six cultures en rotation a pris fin en 2001; en plus
des paramètres mentionnés ci-dessus, on a porté attention
aux modifications biochimiques qui ont pu être engendrées
par les applications continues de compost ou d'engrais conventionnel sur
les cultures.
Introduction
Les auteurs nombreux de divers pays ont examiné différentes
caractéristiques des récoltes de légumes produits
dans des sols fertilisés avec du compost et/ou de l'engrais conventionnel.
Ozores-Hampton et Obreza (2000) ont rédigé une revue étendue
décrivant l'utilisation de résidus compostés sur
des cultures maraîchères de la Floride. En Écosse,
Purves et Mackenzie (1973) ont évalué l'assimilation
de Cu, de Zn et de B par des légumes de jardin suivant des applications
de compost de déchets municipaux pendant trois années de
suite; comme prévu, les légumes ont répondu différemment
aux traitements de compost. Vogtmann et coll. (1993) ont décrit
les effets des composts sur le rendement et la qualité de certaines
variétés de légumes en Allemagne. Comparativement
aux engrais chimiques, les traitements au compost ont réduit les
rendements de légume lors des deux premières années,
mais les rendements ne varient plus après la troisième année
d'application de fertilisant. Généralement, les composts
ont eu un effet positif sur la qualité des produits alimentaires
et la conservation, tout en réduisant la présence de nitrates
et en améliorant le coefficient nitrate/vitamine C.
La qualité des aliments produits de manière conventionnelle
et biologique a été étudiée par Woese et ses
collaborateurs (1997). Ils ont identifié « certaines
différences de qualité entre les produits » obtenus
par les deux modes de fertilisation. Plus récemment, dans leur
analyse documentaire, Brandt et de Molgaard (2001) ont indiqué
que « les aliments végétaux biologiques peuvent
en fait être meilleurs pour la santé humaine que leurs équivalents
conventionnels. » Cependant, la plupart des études précédentes
comportaient des failles puisqu'elles étaient effectuées
à court terme et ne comparaient pas des cultivars identiques produits
dans le même type de sol avec une régie semblable des sols
et des cultures. En outre, beaucoup de recherches étaient effectuées
sur des sols très fertiles, ou avec des antécédents
d'utilisation d'engrais ou encore avec des taux d'application de
compost ou d'engrais ne correspondant pas aux normes agronomiques. Quelques
études ont évalué les différences de rendement
comme de qualité, alors que d'autres ont examiné les différences
dans la composition nutritive.
Des études effectuées antérieurement sur les poivrons,
le chou, les carottes, les haricots et le brocoli, qui sont les légumes
étudiés dans cette recherche, ont donné des résultats
mitigés. Roe et coll. (1997) ont cultivé des poivrons et
des concombres dans un sol sablonneux fertilisé à l'aide
de compost et d'engrais; les rendements étaient habituellement
plus élevés quand le compost est associé à
l'engrais, le taux de P, K, CA et de magnésium présent dans
les feuilles de poivrons a augmenté alors que le niveau de Cu diminuait
dans les parcelles ayant reçu seulement du compost. Reider et coll.
(2000) ont comparé quatre composts faits à partir de fumier
de troupeaux laitiers à de l'engrais conventionnel dans une rotation
de trois ans (incluant des poivrons) et n'ont obtenu aucune différence
significative de rendement selon les traitements au cours des trois années;
les auteurs ont employé un facteur de disponibilité de l'azote
de 40 % pour le compost. Dans une rotation de culture de trois légumes
et une comparaison de quatre amendements biologiques avec de l'engrais
chimique, Blatt et McRae (1998) ont observé des rendements commercialisables
équivalents de choux et de carottes entre les parcelles fertilisées
de manière biologique ou conventionnelle, mais les rendements de
haricots verts obtenus étaient supérieurs avec de l'engrais
17-17-17. Les effets des traitements sur le sol et le contenu nutritif
des feuilles varient selon l'élément évalué.
Baziramakenga et Simard (2001) ainsi que Wen et coll. (1997) ont comparé
la fertilisation au compost avec celle aux engrais minéraux dans
les cultures de haricots mange-tout et d'autres espèces, tandis
que Buchanan et Gliesman (1990) ont évalué la production
de brocolis. Ces trois études ont surtout insisté sur l'efficacité
de l'utilisation du P ou le degré d'assimilation du P.
Warman et Havard (1996, 1997, 1998) ont mené une comparaison étendue
de quatre légumes cultivés de manières biologique
et conventionnelle en utilisant une régie sans rotation entre 1990
et 1992. Après la première année de cette étude,
on a décidé de conserver un ensemble de six parcelles en
utilisant du compost et des applications d'engrais minéraux dans
une rotation de cultures maraîchères à long terme
(six ans). L'auteur a fait rapport de ses résultats expérimentaux
pour 1995 et 1996 (Warman, 1998) et pour 1997 et 1998 (Warman, 2000).
Cet article donne un compte rendu des années de production 1999
et 2000, avec l'objectif de comparer le rendement et la teneur en
éléments nutritifs de différents légumes cultivés
dans un système de rotation qui utilise soit de l'engrais
de ferme composté ou de l'engrais commercial, et évaluer
la teneur en éléments nutritifs extractibles, le pH, le
C et le N totaux, et la CEC des sols traités.
Matériel et méthode
Ces essais sur le terrain ont débuté en 1990 et se poursuivent
au même endroit depuis. Un sol limoneux-sableux de type Pugwash
(podzol humo-ferrique ) de la région de Lower Onslow, en N.-É.
a été choisi parce que le terrain n'a jamais reçu
de fertilisant chimique ni de pesticide. L'emplacement a servi à
cultiver du chou et des carottes en 1990, dans le cadre de l'étude
documentée par Warman et Havard (1996, 1997). Le tableau 1 énumère
les espèces cultivées dans les parcelles au cours des huit
dernières années. Chaque parcelle possède une surface
de 11 m2 et toutes les cultures sont semées en quatre rangées/parcelles
de 2,25 m de long avec une séparation de 1,2 m de large entre les
parcelles. Tous les ans, un nombre égal de graines ou de plants
ont été mis en terre dans chaque paire de parcelles, l'une
ayant reçu du compost et l'autre de l'engrais. Depuis le
commencement de la culture, les six parcelles recevant chacun des deux
traitements ont été assignées à des portions
alternatives des parcelles.
Des amendements fertilisants pour chaque espèce de plantes ont
été appliqués au sol conformément aux recommandations
du Ministère de l'Agriculture et de la Commercialisaton de la Nouvelle-Écosse
(tableau 2). On a épandu de la chaux sur la moitié des parcelles
en 1998 afin de rendre le pH du sol de toutes les parcelles uniformes
à 6,5; on n'a pas rajouté de chaux depuis cette époque.
La méthode conventionnelle pour cultiver les six types de légumes
a suivi les recommandations du guide « Provinces de l'Atlantique
- Culture maraîchère - Guide de lutte antiparasitaire »
(1989; publication nº 1400A). Au commencement, la production végétale
biologique a été faite en suivant les directives de l'Organic
Crop Improvement Association (OCIA); cependant, après 1992, on
a conservé seulement la fertilisation biologique au moyen du compost
et on luttait contre les insectes en utilisant la roténone, le
pyrèthre ou le Bacille thuringensis en poudre ou en suspension.
Les parcelles ont été sarclées à la main ou
au motoculteur; on n'a pas employé de fongicides.

Le compost, constitué d'un mélange de fumier de
poulet, de résidus d'aliments, de pelouse et de mauvaises
herbes coupées et de litière provenant de champs de courses
de chevaux (appelé YMF) était élaboré l'année
précédant son application en utilisant la méthode
de tas en fermentation aérée. Le compost mûr a été
analysé pour connaître sa teneur en N total en utilisant
un analyseur LECO CNS et appliqué aux taux convenant à chaque
culture en N prenant pour acquis que la disponibilité de l'azote
pendant la saison de croissance était de 50 %. L'analyse du
compost a varié légèrement d'année en année;
le procédé de la digestion du compost par l'acide nitrique
et l'analyse par ICP est expliqué dans Warman et Havard (1997).
En se basant sur les valeurs moyennes du compost utilisé au cours
des deux années, certaines propriétés chimiques du
compost sont décrites dans le tableau 3 (analyse élémentaire
en g, kg/1 ou mg, kg/1 sur une base de poids sec); en outre, le compost
YMF était solide à 44 % avec un pH de 6,84.

Les rendements de produits commercialisables en poids à l'état
frais ont été mesurés annuellement pour chaque parcelle
à la maturité, alors que des échantillons de tissus
de feuilles/pétioles ont été prélevés
à la floraison, à la nouaison ou au prolongement des racines.
Cinq feuilles de plants matures ont été prélevées
tous les ans dans chaque rangée (20 au total) dans chaque parcelle
cultivée. Des tomates, des poivrons et des haricots mange-tout
ont été récoltés 6 à 10 fois jusqu'au
gel en automne. On a prélevé des échantillons de
sol en septembre des deux années à une profondeur de 0 à
15 centimètres. Les échantillons de tissu végétal
ont été lavés à l'eau et séchés
à l'air pendant 48 heures, puis séchés au four à
65Cº pendant 48 heures et moulus à l'aide d'un
moulin Wiley afin de pouvoir passer au travers d'un tamis d'acier inoxydable
de 1,0 millimètre. Les tissus ont été digérés
dans l'acide nitrique et analysé par ICP pour en trouver la composition
en macro, micro et oligoéléments, sauf l'azote, qui
a été analysé en utilisant un analyseur de CNS (Warman
et Havard 1997, 1998). Après la récolte, des échantillons
de sol ont été prélevés dans la couche de
0 à 15 centimètres de chaque parcelle en utilisant une sonde
d'acier inoxydable. Le sol a été extrait au moyen d'une
solution Mehlich-3 et analysé par ICP. On a également mesuré
le pH, le carbone et l'azote totaux ainsi que la capacité
d'échange cationique (CEC) des échantillons de sol à
l'aide du procédé de saturation d'acétate de
calcium.
Les résultats des traitements en ce qui touche le rendement des
cultures, le contenu des tissus et les éléments extractibles
du sol ont été analysés statistiquement en utilisant
un test T bilatéral jumelé ou analyse de la variance (ANOVA)
à p<0,05.
Résultats et discussion
Les résultats touchant le rendement des cultures par rapport
aux deux types amendements se sont révélés contradictoires;
les rendements de tomates et de brocoli ont varié d'année
en année (tableau 4). Les parcelles de terrain fertilisées
à l'engrais, cependant, ont donné un meilleur rendement
de haricots et une plus grande quantité de carottes et de poivrons,
alors que les parcelles de terrain ayant reçu du compost ont donné
plus d'oignons les deux années. Nous avons remarqué que
le % de carottes de catégorie A, qui s'est révélé
plus élevé dans le cas des carottes biologiques entre 1997
et 1999, a changé en 2000. Le rendement en oignons, cependant,
était supérieur dans les parcelles biologiques, comme c'était
le cas en 1997 et 1998 (Warman, 2000).
On a observé peu d'effets significatifs des traitements sur le
contenu des tissus végétaux (tableaux 5 et 6); parmi les
nutriments essentiels pour les plantes, seuls le Fe et le B se sont retrouvés
en plus grande quantité dans les feuilles des plantes biologiques,
une année (1999). Bien que la partie comestible des cultures n'a
pas été évaluée lors des dernières
années de l'étude, nous avons trouvé une corrélation
positive entre l'analyse du tissu des feuilles et des parties comestibles
des carottes (Warman et Havard, 1997) et d'autres cultures. Par conséquent,
si on se fonde sur l'analyse minérale, nos résultats ne
confirment pas la croyance que les légumes fertilisés à
l'aide de compost sont plus nutritifs.
Des 19 paramètres du sol évalués, la capacité
d'échange cationique, les niveaux de Ca, de Mn et de Pb mesurés
avec la méthode d'extraction Mehlich-3 après la récolte
se sont révélés plus élevés dans les
sols ayant reçu du compost les deux années de l'étude
(tableaux 7 et 8). Nous avons noté que les parcelles fertilisées
au compost présentaient également une concentration plus
élevée de Cu, de Zn et de B mesurés avec la méthode
d'extraction Mehlich en 2000, et que, pour la première
année depuis 1996, le taux de C n'était pas significativement
plus élevé dans les parcelles ayant reçu du compost.
Les 11 années d'applications continues de compost ou d'engrais
conventionnel ont sensiblement réduit les différences originales
de la fertilité du sol des parcelles; par conséquent, on
a observé peu de différences entre les sols au niveau des
éléments N-P-K, mais davantage au niveau des micronutriments
extractibles. En outre, le compost que nous produisons et appliquons maintenant
est d'une qualité nutritive plus élevée, comparativement
aux composts produits et utilisés entre 1990 et 1992 (Warman et
Havard, 1997), probablement en raison du fait que les matières
que nous employons ont une valeur nutritive plus élevée
(plus de mauvaises herbes et de résidus d'aliments) et de
l'amélioration de notre capacité à faire un compost
de meilleure qualité.



Fertilisation à l'aide de compost



Conclusion
En conclusion, la minéralisation du compost appliqué récemment
et précédemment influence la réponse des plantes
lors d'une année de production donnée, particulièrement
pour les cultures exigeantes (espèces des brassica). La variation
saisonnière de l'humidité et de la température du
sol semble avoir une plus grande influence sur la production de plantes,
par le biais de la minéralisation, que la source et la quantité
de compost mûr appliquée. Lors de certaines années,
le compost fournit un niveau plus élevé d'aliments
disponibles que ce que la documentation prévoit, probablement parce
que l'environnement du sol a une activité biologique intense et
favorise la minéralisation des fertilisants biologiques appliqués
depuis longtemps.
Remerciements
L'auteur est reconnaissant à Y. Wang et à V. Jeliazkov
qui ont aidé aux semis, à l'entretien et à
la moisson des parcelles et à l'exécution d'analyses
en laboratoire des sols et tissus végétaux. Merci également
à J. Burnham pour son évaluation des données et sa
recension critique de documents. Ce projet a été financé
par le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie
du Canada.
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